Économie et Gestion

L’écrit à l’école

27 / 04 / 2016
Extrait de l’article d’Annie Portelette

Nombre d’enseignants déplorent à la fois la mauvaise maîtrise de l’écrit et les résistances des élèves à écrire.

Quelques éléments pour éclairer cet état des lieux :

- Les élèves des milieux populaires ont appris à utiliser la langue dans la communication orale, dans la connivence d’interlocuteurs présents et le contexte sécurisé de la famille et des pairs. L’univers de l’école est construit en référence à la culture écrite.

- Très souvent, le cours se déroule à l’oral, la trace écrite intervient généralement à la fin, soit donnée par le professeur, soit construite collectivement, mais chacun sait que ce sont toujours les mêmes élèves qui y participent. Ajoutons que les formulations utilisées dans cette trace écrite ne sont pas toujours celles qui « parlent » aux élèves. En effet, l’enseignant passe souvent rapidement des façons de dire tâtonnantes et approximatives des élèves, aux formulations « scientifiques » de sa discipline. Puis, l’évaluation se déroule à l’écrit sans que le passage de l’oral à l’écrit soit accompagné, comme s’il y avait un continuum entre les deux. Or, oral et écrit correspondent à deux manières différentes d’utiliser la langue. Il existe, à côté de la grammaire de l’écrit, celle enseignée, une grammaire de l’oral avec ses caractéristiques propres, notamment dans la segmentation de l’énoncé. La phrase de l’oral et la phrase de l’écrit ne coïncident pas. La syntaxe également diffère : le discours oral progresse dans le temps, par ajouts successifs, c’est un flux continu ; à l’écrit, on peut revenir en arrière, reprendre son énoncé, le modifier, le retravailler.

- Fréquemment, l’écrit produit par les élèves est de l’oral mis par écrit. Nombre d’élèves ne sont en fait pas réellement entrés dans le monde de l’écrit. Si la réponse pédagogique est une série d’exercice de ponctuation, cela ne modifie pas le rapport de l’élève à l’écrit.

Quelle expérience les élèves ont-ils généralement de l’écrit à l’école ?

1. Ils utilisent l’écrit essentiellement pour :

- garder la trace écrite du cours,

- être évalués,

- s’exprimer, communiquer. Notamment en français, des enseignants développent des ateliers d’écriture ou des projets d’écriture qui débouchent sur des produits finis, avec des destinataires, l’exigence de normes trouvant une justification. Ainsi se construisent des représentations de l’écriture et de ses fonctions. Diverses enquêtes sur l’écriture à l’école révèlent qu’aux yeux des élèves l’écriture est un don, qu’on a ou pas, cela ne se travaille donc pas ; elle est axée sur le produit fini sur lequel on ne revient pas ; les normes, spécifiquement l’orthographe, pèsent de tout leur poids.

2. Apparaît peu ou pas la fonction fondamentale de l’écriture, l’écrit pour élaborer de la pensée, pour travailler, écrit qui permet véritablement d’entrer dans les apprentissages.

Ces écrits-là sont surtout des écrits pour soi, qui n’existent pas pour répondre à une demande de l’enseignant, qui ne sont pas destinés à être corrigés/évalués par lui. Il en est le lecteur, pour mieux comprendre les représentations premières des élèves et ce qui se construit dans leur tête, bref, c’est pour lui les traces de l’activité cognitive de l’élève.

Que signifie exactement « entrer dans le monde de l’écrit ? » Le meilleur éclairage sur les enjeux de l’écrit nous est fourni par les travaux de Jack Goody, ethnologue, auteur de La Raison graphique. Dans cet ouvrage, il s’est interrogé sur le rôle de l’écriture dans la pensée, le raisonnement. Ses travaux portent sur des sociétés sans écriture

 

Sites Favoris

Les Mercredis de Créteil

Les conférences et débats des Mercredis de Créteil sont ouverts à tous les personnels de l’éducation nationale. L’entrée est libre.